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AL3ES, Agence Locale de l'Écologie, de l'Énergie, de l'Économie et de la Solidarité....

AL3ES, Agence Locale de l'Écologie, de l'Énergie, de l'Économie et de la Solidarité....

On n'a jamais raison trop tôt, on a raison. Point... C'est un peu radical et parfois on ne vit jamais assez longtemps pour le savoir. Dans nos urgences, des mots de maux, des clins d'œil et des coups de gueules, des propositions, des idées (parfois), des envies, transition toute faites pour toutes les belles...

Il apparaît évident qu'il faut se sentir concerné pour aller voir le documentaire de Depardon intitulé "12 jours". C'est dit dans le titre, 12 jours, c'est le délai au delà duquel une personne hospitalisée sous contrainte, sans consentement, rencontre le juge des libertés dans une salle d'audience normalement à l'intérieur de l'hôpital. L'objet de cette audience est pour le juge des libertés de statuer sur la prolongation ou non du régime de contrainte quant à l'hospitalisation. Sur la foi des certificats médicaux, de l'entretien avec le patient et les mots de son avocat, le juge doit, souvent en un temps record décider ou non du maintien de la contrainte.

Trailer: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19573013&cfilm=253727.html

Le documentaire, sans voix off, retrace quelques audiences de patients, face au juge; présente par l'image cet univers de l'intérieur en laissant au spectateur la capacité ou non, d'appréhender les diversités des profils et le cas de conscience que ça pose.

Pour ce que j'en pense aujourd'hui, les divers mode d'entrées en psychiatrie, et les prises en charges ne peuvent qu'être imparfaites. Si on peut penser qu'avec le temps, les décennies, les siècles, finalement, même malade, on est peut-être en moins mauvaise santé que par le passé. Tout au moins pour ce qui serait des soins et des prises en charges. Il convient d'apporter un bémol immédiatement car la prise en compte des expressions de folies, de mal être, des malades se fait aussi en lien avec le regard que l'on porte sur l'ensemble. Le "on" ici, étant la société.

Aujourd'hui, et depuis un moment, la mode est au placement. Et pas seulement pour ce qui serait des troubles psy, mais aussi pour tout ce qui ressort des différences. Handicaps, vieillesse, tous les conseils départementaux croulent sous les demandes de places pour y loger ceux dont on sait que faire, dont on n'a pas le temps de s'occuper, ceux qui troubles les conforts plan plan de nos villes, bourgs, villages...

Si l'on prend en compte la surpopulation carcérale, dont la plupart seraient certainement mieux dans un hôpital, d'autre en liberté; si on ajoute la baisse du nombre de lits dans les hôpitaux psychiatrique et par extension la non augmentation du budget dédié à cette partie des budgets de santé; je ne pense pas qu'il faille être sorti de Saint-Cyr pour dire que nous courons collectivement à la catastrophe. Une de plus, une de moins me direz-vous !

Quand on a dit tout ça, on n'a pas dit grand chose mais je suis de ces hospitalisés qui n'auront pas connu ce dispositif. Et qui, je le précise au cas ou, n'a pas envie de l'expérimenter !!! Ceci dit, en réfléchissant aux nombreuses hospitalisations sous contrainte que j'ai pu vivre, certaines questions se posent.

Être hospitalisé sous contraintes sous-entend que votre comportement, vos propos, vos envies, projets, état général aura suscité de la part de votre environnement une grande inquiétude. C'est souvent par mesure de protection, pour soi et pour les autres, que l'on se retrouve interné, avec souvent, une obligation de soins. Le chaos qui est le vôtre dans ces moments là, met parfois du temps à décanter, le calme, la capacité de concentration, la notion du réel, les sens; tout va si mal... Se projeter dès l'entrée dans l'idée d'avoir à "négocier" la sortie de la contrainte face à un juge, paraît insurmontable de prime abord.

12 jours ! Il doit être bien délicat, en fonction des raisons qui vous auront conduit là, d'être en capacité d'argumenter. Souvent, la contrainte est le fruit d'un désespoir de l'environnement proche de la personne, et c'est souvent aussi, l'entrée dans une grande forme de solitude. Je dis une forme car les liens à l'autre, sont modifiés, perturbés, et la honte, la culpabilité viennent s'ajouter aux troubles.

12 jours ! Comme les douze travaux d'Hercule ? Si le monde tel qu'il est (chez nous, en occident) ne peut accorder de place aux souffrances et à leurs expressions; rentabilité, performance, norme, régularité, efficacité, profitabilité étant alors entachées des troubles des malades, quelle place reste-il ? Si en plus, vous arrivez d'un ailleurs, bien trop périlleux pour trouver calme et repos avec vos codes, croyances, mœurs, eus et coutumes; les décalages sont alors augmentés.

Si je pouvais être présent le 21 décembre à l'Odéon-CGR de Cherbourg, où le documentaire sera projeté en présence du président du TGI, des magistrats et psychiatres; j'aurais tenté de savoir comment le patient se prépare ou est préparé à cette audience. L'institution a t-elle au-delà du soin, le temps et les moyens de travailler à faire sortir les malades (qui la font vivre aussi!) ? J'aimerai donc pouvoir lancer l'idée d'un programme "Hercule" qui serait une structure, où des personnes pourraient aider le malade à organiser sa sortie. Créer un environnement d'acceptation et acceptable pour les malades qui ne sont "que malade" et dont être libre, vivre décemment peut être aussi une forme de soin. C'est un tâche énorme qu'il faudrait entreprendre. L'écrire, la partager, le dire est la première manière d'en parler et de l'imaginer avec d'autres. Travailler à recomposer ce qui est décomposé, éclaté, disperser. Une béquille pour nos institutions !!!

 

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